22 Oct 2020

Près de cinquante ans ont passé depuis la parution de l’anthologie Les Critiques de notre temps et Gide, où Michel Raimond avait rassemblé des extraits d’ouvrages et d’articles consacrés à l’auteur à partir de ses débuts littéraires. C’était l’occasion de célébrer l’un des écrivains phares du XXe siècle, celui qui par « sa complexité et par le long cheminement de sa pensée » – affirmait Raimond – « a suscité dans l’opinion les réactions les plus variées ». La lecture de ces pages le confirme. Elles nous offrent un aperçu des études gidiennes de la première heure, avec une attention particulière portée aux années cinquante et soixante, quand Gide devient un véritable sujet d’étude. Il était tentant de réexaminer sans partis pris la réflexion et les mouvements d’idées de cette époque. Leur rendre hommage, c’est aussi s’interroger – en tant que critiques de ce temps – sur les frontières vers lesquelles on s’achemine. Le présent volume se propose de donner quelques réponses.

delay gide

Dans son ensemble, le livre vise à faire émerger un portrait aux multiples facettes, tant de Gide lui-même – l’homme et l’œuvre – que des travaux parus au lendemain de sa disparition. « Être futur », tel était le vœu de l’écrivain, qu’il faut considérer en parallèle avec le désir toujours affirmé de s’adresser « à plusieurs pays à la fois ». Parcourant les volumes et numéros spéciaux publiés dans le monde entier en 1951, il nous semble qu’il a effectivement atteint son but. Depuis cette date, plusieurs textes – qui traitent tant de sa vie que de sa production – ont vu le jour, en France et ailleurs. Il suffit de consulter la Bibliographie chronologique des livres consacrés à André Gide (1918-2008) de Claude Martin et Akio Yoshii : on ne compte pas moins de quatre-vingts essais en une quinzaine d’années. Aux voix de ceux qui avaient rencontré Gide personnellement, s’ajoutent celles d’une première génération de spécialistes. Grâce à d’importantes thèses universitaires, la recherche scientifique prend de l’élan. D’autre part, les articles parus en revue contribuent de manière décisive à son rayonnement.

Un tournant dans l’évolution de la critique a lieu au moment de la fondation, en 1968, de l’Association des Amis d’André Gide, qui sous l’impulsion de Catherine Gide et Claude Martin, a initié la création du Bulletin et d’autres publications, commeles Cahiers (Gallimard) et la Revue des Lettres modernes (Éditions Minard). 1969 marque le centenaire de la naissance de l’écrivain, une année ponctuée par quelques grandes expositions – à Paris, Bruxelles et ailleurs – qui ont permis à un public plus large de mieux le connaîtreIl est donc légitime de considérer l’anniversaire de Gide comme le début d’une deuxième phase des études gidiennes, caractérisée par un double mouvement, à la fois de renouveau et d’institutionnalisation. C’est à cette date que va s’arrêter la réflexion que nous nous proposons d’ouvrir dans cet ouvrage collectif.

Au moment où les œuvres de l’auteur se préparent à entrer dans le domaine public, nous souhaitons tenter un premier bilan à partir de l’exploration de la critique universitaire et journalistique, des champs qui à l’époque animaient de véritables débats, mais qui, depuis un certain temps, ne suscitent qu’un faible intérêt. Les études pourront s’articuler autour de questions théoriques et méthodologiques, ainsi qu’autour de quelques figures d’importance. L’exhaustivité n’est pas visée, mais plutôt une « certaine représentativité », à la manière de Critique de la critique de Tzvetan Todorov.

Voici quelques-unes des thématiques qui pourraient ainsi être abordées :

–   Autour de l’étude de quels sujets, ou de quelles œuvres, les premiers critiques de Gide ont-ils focalisé leur attention ?

–   Est-il possible d’identifier des constantes, en France et à l’étranger ? 

–   La mise à l’index de l’œuvre de Gide par l’Église, a-t-elle eu une influence sur la critique, notamment dans certains pays ? Dans cette perspective, que dire des anthologies et des manuels scolaires ?

–   Les questions de genre ont-elles intéressé les théoriciens de ces années ? 

–   Quel est le statut du Journal, et plus généralement des textes à la première personne, à une époque où l’idée d’« espace autobiographique » n’est pas encore entrée en jeu ?

–   Comment lire aujourd’hui Jean Delay, A. J. Guérard, ou encore Pierre Lafille, avec son André Gide, romancier ?

–   La figure de Gide, sa personnalité, a-t-elle attiré l’attention de la critique au cours des années 50 et 60 ? Quel rapport entre la vie et l’œuvre ? 

–   Comment les textes de Pierre Herbart, de Robert Mallet et de Roger Martin du Gard, ou plus tard de Jean Schlumberger, ont-ils contribué à dessiner une certaine image de l’écrivain ? 

–   De quelle manière l’émergence d’approches comparatistes, aux États-Unis par exemple, a-t-elle contribué à ouvrir de nouvelles perspectives ?

Les propositions (une quinzaine de lignes) sont à envoyer avant le 1er décembre 2020 à cette adresse : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.. Les textes définitifs, d’une longueur de 35 000 signes, espaces compris, seront à transmettre avant le 30 avril 2021, une publication étant prévue fin 2021 (dans la « Bibliothèque gidienne » des Classiques Garnier). 

Paola Codazzi (UHA, ILLE UR 4363)

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