21 Jan 2019
Chicago, Illinois
Modern Language Association, 2-6 janvier 2019

C’est aux États-Unis qu’ont débuté les festivités qui vont célébrer tout au long de cette année le 150eanniversaire de la naissance d’André Gide (1869-2019).Le congrès de la MLA, qui a eu lieu du 2 au 6 janvier à Chicago, proposait en effet un panel dédié à cette importante récurrence : « Happy 150th, Gide! »

Les trois intervenantes – Christine Cano, Paola Codazzi et Claire Nashar – se sont donné rendez-vous au Missouri Sheraton Hotel, le vendredi 4 janvier, sous la direction de la présidente de session, Pamela Genova, de l’Université d’Oklahoma. Au cœur du programme, préparé également par Christine Latrouitte Armstrong et Jocelyn Van Tuyl – directrices de la session nord-américaine de l’Association des Amis d’André Gide –, une réflexion sur l’influence de l’auteur aux XXeet XXIesiècles, sans distinction de frontière ni de genre.  

Le « contemporain capital » tient-il toujours son rang ? C’est sur cette question que s’ouvre la communication de Pamela Genova, dont le but est d’interroger la vitalité de la pensée gidienne de nos jours. Dans cette perspective, la (re)lecture de Si le grain ne meurt s’avère particulièrement intéressante, car elle met en évidence la tension qui existe entre les différentes facettes du Moi protéiforme de l’auteur. Et c’est cette tension, cette volonté de cultiver l’ambivalence, qui reste pour Pamela Genova ce qu’il y a de plus précieux dans l’œuvre de Gide.                       

Cela est certainement vrai aussi pour Klaus Mann, ainsi que Paola Codazzi le montre dans sa communication. Dans son autobiographie (Le Tournant,1942), tout comme dans son essai André Gide et la crise de la pensée moderne (1943), le fils aîné du magiciendécrit la « stupéfiante diversité » de la personnalité de Gide, qu’il considère comme une synthèse des aspirations contradictoires de l’Europe : 

[Toutes] les grandes antithèses de l’Occident faisaient partie de son drame personnel, il les avait vécues et en avait souffert très profondément. Les valeurs sur lesquelles repose notre civilisation, les problèmes dont elle est née, constituaient la matière même du conflit qui dominait tout son travail de création et qui, en lui, ne s’apaisait jamais. (Le Tournant [1942], Paris, 10/18, 1991, p. 302)

L’association entre l’esprit de Gide et celui de l’Europe est une constante de la réflexion critique de Klaus Mann et témoigne de son admiration pour le « grand homme ». Une admiration des plus sincères, mais aussi des plus fécondes. Comme Paola Codazzi essaie de le démontrer, Gide n’a pas été un maître, ni un père de substitution pour Mann, mais plutôt un grand frère. Le conseil que le fils prodigue donne au puiné ressemble à celui que le jeune Klaus reçoit d’André : « Pars sans bruit. [...] Sois fort. » Ou même : SoisEuropéen ! Au milieu des années vingt, moment où se situe leur première rencontre, Mann se forge une identité d’intellectuel cosmopolite, qui l’amène, d’une part, à lutter contrela barbarie, voire contre la montée des totalitarismes, et d’autre part, à s’engager pour un avenir meilleur, pourune Europe fondée sur l’homme plutôt que sur l’économie et la politique.

À bien des égards, Gide a été un libérateur, un éveilleur, ou, comme il aimait se définir, un inquiéteur, capable d’influencer par sa personnalité, et par son œuvre, plusieurs générations. En 1959, Daniel Guérin interroge :Shakespeare et Gide en correctionnelle ?Dans ce recueil d’essais, sur lequel se focalise la communication de Christine Cano, l’écrivain s’en prend à la psychobiographie de Jean Delay, dont les vues sur l’homosexualité sont, d’après lui, non seulement partielles, mais « périmées ». Le but de Christine Cano est de montrer la centralité de « l’audacieux auteur de Corydon » (Le Feu du sang, 1965) dans la formation personnelle, intellectuelle et politique de Guérin, et plus largement, de souligner le rôle joué par l’écrivain dans les combats d’une époque marquée par un fort désir de révolution, tant du point de vue politique que sexuel. 

La dernière communication, celle de Claire Nashar, nous amène loin du Gide « engagé ». Il est ici question d’un livre paru en 2003 aux Éditions L’Hexagone sous le titre de Je Nathanaël.L’allusion aux Nourritures terrestresest voulue et c’est à la lumière du rapport que l’auteure établit avec Gide qu’il faut lire et comprendre le texte. Claire Nashar nous amène à découvrir cet ouvrage singulier, oscillant entre deux langues – anglais et français – et entre plusieurs voix : Nathanaël, personnage de Gide, est à la fois le destinataire de l’écriture et son moteur, ainsi que l’indique le titre, Je Nathanaël;titre qui renvoie également, de manière indirecte, au nom de l’auteure elle-même, Nathalie Stephens.  

Ces rencontres promettent une année intéressante, invitant à la (re)découverte de la pensée et de l’œuvre d’André Gide. Un auteur qui, comme on l’a vu même à Chicago, n’a pas dit son dernier mot. 

Paola Codazzi


À venir

Quand?
30 Avr 2019
Quoi ?
Création
« Gide et la botanique »
Où ?
Pépinière municipale | 18h30



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