28 Mai 2018

Appel à communications

Colloque international et pluridisciplinaire organisé à l’occasion du 150e anniversaire de la naissance de l’auteur (1869-2019)

Paris, 14-16 mars 2019

Bibliothèque Sainte-Barbe – Amphithéâtre
4 Rue Valette
(14 et 15 mars)

Bibliothèque Sainte-Geneviève – Salle de lecture de la Bibliothèque nordique
10 Place du Panthéon
(16 mars)

 C 02 AG à RM 13 juil 1932

Image d'archives : lettre de Gide à Musil, 13 juillet 1932 © Fondation Catherine Gide

Argumentaire

Dans un article récent (et une entrée du Dictionnaire Gide), Pierre Masson rappelle, à juste titre, que la masse épistolaire produite par Gide est la plus importante – au moins du point de vue quantitatif – du XXe siècle : à ce jour, elle est constituée de près de quarante mille lettres échangées avec plus de deux mille destinataires. Un ensemble impressionnant, qui est en constante expansion. Le recours à la correspondance est depuis longtemps indispensable aux chercheurs, à commencer par les biographes, de Jean Delay (1956-1957) à Frank Lestringant (2013). Au cours des années, en raison peut-être de l’énormité et de l’hétérogénéité du corpus, la critique a privilégié une analyse « au cas par cas » avec une attention particulière portée à sa valeur documentaire et historique. Or, sans négliger l’importance de ces études, nous nous proposons de dépasser les approches monographiques pour tenter une approche plurivalente qui nous permettra de proposer des lectures transversales. En nous inspirant des études publiées par la revue de l’A.I.R.E. – Épistolaire –, mais également des travaux récents de Geneviève Haroche-Bouzinac et de Mireille Bossis, nous souhaitons accentuer une réflexion sur l’importance de la correspondance, non pas tant comme source privilégiée de la vie privée de l’écrivain, mais plutôt comme lieu de création littéraire, de formation – Brigitte Diaz parle de « laboratoire identitaire » – et de réflexion (intellectuelle et esthétique).

Ensemble vaste et complexe, tout aussi protéiforme que son auteur, le chantier épistolaire demande aujourd’hui à être considéré comme un tout, comme un genre à part entière entrant en communication avec le reste de l’œuvre, du Journal aux Mémoires, du roman aux essais critiques. Dans une perspective pluridisciplinaire, ouverte à des réflexions relevant de domaines différents (linguistique, littérature, histoire des idées, etc.), ce colloque souhaiteapporter un regard d’ensemble sur Gide épistolier, afin de s’interroger sur la signification, la valeur et la portée de la correspondance, où se reflètent les multiples visages de l’écrivain. Toute contribution visant à enrichir la réflexion à l’appui de documents encore inédits sera bien sûr la bienvenue. Nous proposons d’articuler la discussion autour des axes de réflexion qui suivent.

Axes de réflexion

1) Épistolaire et identité. Une des constantes les plus manifestes de la correspondance de Gide est l’exploitation de l’écriture épistolaire au service du Moi. La belle formule de Bernard Beugnot – qui présente l’épistolier comme un « artisan de soi » – s’avère particulièrement topique, puisqu’elle explique l’importance pour Gide de s’essayer, comme aurait dit Montaigne, sous le regard de l’autre. Terrain privilégié du dévoilement et de la confession, la lettre comporte également une partie « scellée », cachée, et à ce titre, s’affirme comme le lieu du silence et du non-dit. Dans ce cadre, la correspondance de Gide avec ses compagnons et ses proches est particulièrement intéressante, car elle porte les marques d’un processus d’émancipation et de maturation fait de secrets et d’allusions. Écriture de l’identité, ou des identités, la correspondance apparaît, d’après Pierre Masson, comme une pratique parfaitement complémentaire à celle du Journal et mérite à ce titre d’être considérée comme un moment décisif dans le processus d’élaboration du « Je » écrivant. De quelle manière la lettre contribue-t-elle à la construction identitaire de l’auteur? Quel rôle joue la correspondance dans l’ensemble autobiographique gidien ?

2) Gide épistolier au-delà des frontières. En aucune façon, la lettre ne peut se réduire au territoire de l’intime, car elle se situe toujours « à la croisée de l’individuel et du social » (Mireille Bossis). Moteur silencieux d’un vaste réseau de correspondants, Gide contribue de manière décisive à la construction d’un espace de culture et de civilisation dépassant les frontières nationales. Mais ce n’est pas seulement le tissu que créent ses échanges transfrontaliers qui fait de lui un épistolier européen : suite à l’expérience tragique de la Grande Guerre, au moment où il développe un intérêt accru pour l’Histoire, Gide conçoit sa correspondance à la fois comme un lieu de témoignage – où il décrit et commente les événements de son temps – et comme un lieu de débat – où il réfléchit sur l’avenir du Vieux Continent. Lieu de « commerce » d’idées et de préoccupations actuelles, sa correspondance avec Ernst Robert Curtius, Arnold Bennett ou Edmund Gosse, sans négliger l’importance de ses amitiés féminines – Aline Mayrisch, Dorothy Bussy, la Petite Dame – fait émerger une pensée de l’Europe en dialogue et une volonté d’action commune. Comment la lettre, en tant que communication par écrit et exigence de réponse en retour, contribue-t-elle à l’élaboration d’une conscience nouvelle, ouverte sur l’avenir ? Quel rôle (historique, culturel, politique) Gide attribue-t-il à ses correspondances internationales ?

3) L’épistolaire comme laboratoire du littéraire. Depuis un certain temps, l’approche de la lettre comme « seuil du littéraire » (Brigitte Diaz) regagne du terrain. Il suffit de penser au rôle joué par Roger Martin du Gard lors de l’élaboration des Faux-monnayeurs pour comprendre l’importance de la correspondance dans le processus de création : à partir du moment où ils ont souvent pour sujet les idées (réalisées ou abandonnées) de l’auteur sur ses projets en cours, les échanges épistolaires font partie, à l’instar des préfaces ou des postfaces, du paratexte gidien. Mais au-delà de son statut de preuve dans l’historique de telle ou telle œuvre, il semble possible, plus profondément, de considérer la correspondance comme un « dossier », au sens génétique, du texte à venir. L’étude de Jean-Michel Wittmann (2002) ouvre une perspective intéressante sur ce sujet : peut-on affirmer qu’une communication s’instaure entre l’épistolaire et le littéraire ? S’il est vrai que certains motifs ou thèmes migrent de la correspondance à l’œuvre, dans quelle mesure la lettre forme-t-elle le soubassement de la création fictionnelle ? Du point de vue de l’art épistolaire, le discours est également intéressant : Gide manifeste-t-il dans sa correspondance un style différent de celui auquel est familiarisé le lecteur de ses fictions ? Existe-t-il un style spécifiquement épistolaire ou est-il possible de considérer la lettre comme la matrice (syntaxique, lexicale, rythmique) de l’œuvre ?

Comité scientifique

Didier Alexandre (Université Paris-Sorbonne), Isabelle Diu (Bibliothèque littéraire Jacques Doucet), Geneviève Haroche-Bouzinac (Université d’Orléans), Pierre Masson (Université de Nantes), Martine Sagaert (Université du Sud-Toulon Var), Marc Scherer (Bibliothèque Sainte-Geneviève), David H. Walker (Université de Sheffield), Jean-Michel Wittmann (Université de Lorraine).

Organisateurs

Paola Codazzi (Fondation Catherine Gide), Isabelle Diu (Bibliothèque littéraire Jacques Doucet), Sophie Martin (Bibliothèque Sainte-Barbe), Marc Scherer (Bibliothèque Sainte-Geneviève) et Peter Schnyder (Fondation Catherine Gide).

Coordinatrice

Paola Codazzi (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.).

Propositions

Les propositions – nom, prénom, adresse postale et courriel, statut, institution, titre de travail, bref argumentaire (300 mots environ) – sont à envoyer avant le 15 juillet 2018 à Paola Codazzi (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.).

Frais d’inscription

30 € par jour ; 75 € pour l’ensemble du colloque. Pour les doctorants et les post-doctorants : 20 € par jour ; 50 € pour l’ensemble du colloque.

Publication

Sous réserve d’acceptation des articles, le colloque fera l’objet d’une publication dans le prochain numéro de la revue de l’A.I.R.E. Épistolaire (automne 2019). C’est pourquoi il sera demandé aux participants de remettre leurs articles à la fin du colloque au plus tard.

Bibliographie sélective 

BEUGNOT, Bernard, « De l’invention épistolaire : à la manière de soi », in L’Épistolarité à travers les siècles. Geste de communication et/ou d’écriture, Actes du colloque de Cerisy-la- Salle (8-18 juillet 1987), Mireille BOSSIS (dir.), Stuttgart, Franz Steiner Verlag, 1990, p. 27- 38.

BIAGIOLI, Nicole, et KAPLAN, Marijn S. (dir.), Le Travail du genre à travers les échanges épistolaires des écrivains. Épistolarité et généricité, Paris, L’Harmattan, 2015.

BOSSIS, Mireille (dir.), La Lettre à la croisée de l’individuel et du social, Paris, Kimé, 1994.

DIAZ, Brigitte, L’Épistolaire ou la pensée nomade. Formes et fonctions de la correspondance dans quelques parcours d’écrivains au XIXe siècle, Paris, Presses Universitaires de France, 2002.

HAROCHE-BOUZINAC, Geneviève, L’Épistolaire [1995], Paris, Hachette, 2002.
MASSON, Pierre, « État présent. Les Correspondances d’André Gide », Épistolaire, no 33, 2007, p. 269-278.

MASSON, Pierre, « Correspondance », in Dictionnaire Gide, Pierre MASSON et Jean-Michel WITTMANN (dir.), Paris, Classiques Garnier, 2011, p. 100-102.

MASSON, Pierre, « Les Correspondances d’André Gide », Bulletin des Amis d’André Gide, no 162, avril 2009, p. 163-174.

MELANÇON, Benoît (dir.), Penser par lettre, Actes du colloque d’Azay-le-Ferron (mai 1997), Anjou (Québec), Fides, 1998.

SCHNYDER, Peter, « L’identité gidienne au prisme de la lettre », in Gide ou l’identité en question, Jean-Michel WITTMANN (dir.), Paris, Classiques Garnier, 2017, p. 103-116.

WITTMANN, Jean-Michel, « Écriture de soi et sacrifice du moi. La naissance de l’artiste dans les premiers échanges épistolaires », in André Gide et l’écriture de soi, Pierre MASSON et Jean CLAUDE (dir.), Lyon, Presses Universitaires de Lyon, 2002, p. 55-71.


En partenariat avec

AAAG – Association des Amis d’André Gide
CEG – Centre d’Études Gidiennes (www.andre-gide.fr)
ILLE – Institut de recherche en langues et littératures européennes, EA 4363 – Université de Haute-Alsace (www.ille.uha.fr)

www.epistolaire.org

www.fondation-catherine-gide.org

www.bljd.sorbonne.fr

www.bsb.univ-paris3.fr

www.bsg.univ-paris3.fr



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