04 Jui 2017

BD M Pennes 1

Cette année, Gide est au programme de l'enseignement secondaire en France comme à l'étranger. L'occasion pour les étudiants de différents pays de se pencher sur une oeuvre complexe et d'éveiller chez certains l'envie de se réapproprier le roman mis en avant par ce programme : Les Faux-Monnayeurs. Mathilde Pennes, élève de M. Huard au lycée d'Abou Dabi (EAU), en a fait une bande-dessinée. Voici une présentation de son travail, ainsi qu'un lien vers sa BD. Bonnes lectures !


I - Cadre de l’adaptation des Faux-Monnayeurs

Actuellement élève de Terminal L, j’ai réalisé une adaptation des Faux Monnayeurs et du Journal des Faux Monnayeurs à la demande de notre professeur de littérature M. HUARD dans le cadre du programme national de la Littérature en Terminal L :

« Le programme de l’enseignement de littérature en classe terminale de la série littéraire (arrêté du 12 juillet 2011 publié au B.O.E.N. spécial n° 8 du 13 octobre 2011) indique que le travail sur le domaine « Lire-écrire-publier » invite les élèves « à une compréhension plus complète du fait littéraire, en les rendant sensibles, à partir d’une œuvre et pour contribuer à son interprétation, à son inscription dans un ensemble de relations qui intègrent les conditions de sa production comme celles de sa réception ou de sa diffusion ». Dans cette perspective, l’étude conjointe du Journal des Faux-Monnayeurs et des Faux-Monnayeurs d’André Gide privilégiera la réflexion sur la genèse de l’œuvre, par la découverte et l’exploration du processus de création littéraire »

La bande dessinée réalisée en trois mois regroupant 55 planches est la réécriture et l’interprétation personnelle d’une des deux œuvres du programme de cette année. Elle reprend la majeure partie de l’intrigue du roman sans oublier le travail de diariste d’André Gide réalisé spécialement pour ce roman et regroupant deux carnets, publiés parallèlement au roman sous forme de journal. Ce travail m’a permis de mieux comprendre l’œuvre, de me l’approprier en l’interprétant, et de suivre ce processus de création en réalisant une lecture active, féconde, et réfléchie.

II - Les Faux-Monnayeurs, le Journal des Faux-Monnayeurs et le "Journal d’Édouard"

Le point autour duquel gravite la bande dessinée est la mise en abyme, thème principal de l’œuvre originale. Dans les Faux Monnayeurs, Gide fait entrer dans le roman non seulement son journal d’écrivain grâce au diariste Édouard, mais aussi l’œuvre en elle-même puisqu’Édouard se présente comme un écrivain, le double de Gide. À cela s’ajoutent des expériences personnelles de Gide qu’il insère dans le roman et qu’il fait vivre à ses personnages. J’ai essayé de faire apparaitre ce jeu dans mon travail. 

D’abord, les planches représentant le journal sont au nombre de 12, 6 par carnets, et sont parsemées dans la bande dessinée suivant mon intuition de leur date d’écriture par rapport au roman. J’ai l’impression que l’écriture du premier carnet précède le début de l’œuvre, c’est pour cela que la bande dessinée débute par 6 planches de journal. Autre exemple : 1er novembre 1924, Gide écrit qu’il vient de terminer le chapitre 10 de la seconde partie (faux suicide d’Oliver), c’est pour cela que je place cette planche à la page 45, à la suite d’une représentation du faux suicide. Ces planches se discernent des autres par le fait qu’elles ne composent qu’une seule case, qu’une date apparait et que Gide est souvent représenté.

Le roman dans le roman est aussi présenté une fois dans la bande dessinée, à la page 29, qui représente le chapitre 3 de la deuxième partie. Édouard explique ici à ces amis le thème de son roman en cour d’écriture, Bernard nous en apprend le titre : Les Faux Monnayeurs.

Le journal d’Édouard est également reconnaissable trois fois dans ma réécriture, pages 32, 33 et 54. Ce sont, à mon avis, les passages principaux du roman d’Édouard, essentiel pour la compréhension de l’avancé de l’intrigue par le lecteur puisque ce sont des conversations retranscrites, c’est pour cela que je les intègre. On peut distinguer facilement ces planches des autres puisqu’Édouard est représenté en train d’écrire dans un carnet.

Pour finir, Gide a décidé d’insérer sa vie privée dans son œuvre, j’ai d’une part retranscrit certains passages de la vie  de l’auteur, comme sur la planche 19, où Édouard rencontre George sur le point de voler un livre. Gide confesse dans son journal que cet épisode est tiré de sa propre vie, il a surpris « un gosse en train de subtiliser un livre ». D’autre part, étant auteur à mon tour, j’ai également glissé des références personnelles à travers les dessins, pour moi-même faire l’expérience de la mise en abyme. Par exemple, aux pages 19 et 34 se trouve le masque du Fantôme de l’Opéra, une comédie musicale que j’apprécie beaucoup. Une autre des références pourrait se situer à la page 32, case 2. Elle fait référence à mes cours de français de Première, on peut lire un acrostiche sur la page de gauche du journal d’Édouard : USINE A TROC, concept de George Perec. D’autres éléments peuvent être trouvés.

III - Orientations choisies / grille de lecture

À travers la mise en page, j’ai essayé de faire entrer le roman et le journal autant que possible dans les dessins. Les trois parties du roman sont présentes, se déroulant à Paris, à Saas-Fée puis à Paris, réécrites en 18, 7 et 18 pages, pour retranscrire les chapitres des partis. Un chapitre est retranscrit généralement en une page, mais certains sont plus longuement représentés, car ils sont plus denses, de ce fait laissant de côté d’autres chapitres qui ne sont pas primordiaux. À ceci s’ajoutent donc les 12 pages du journal que j’ai décidé d’intégrer.

En ce qui concerne le choix de l’histoire, j’ai délibérément choisi de centrer la bande dessinée sur Bernard, Olivier et Édouard. Le livre est très « touffu », Gide lui-même le concède, et je ne pouvais pas tout représenter. C’est pour cela que par exemple les relations Passavant/Strouvilhou ou Passavant/Armand sont effacées au profit du développement de l’intrigue principale.

IV - De l’adaptation en bande-dessinée

Le roman de Gide étant très dense dès sa souche, il a été très difficile pour moi de mettre en page l’œuvre des Faux Monnayeurs.
La première raison est que Gide laisse énormément de place à l’interprétation, et son roman ne comprend par conséquent pas beaucoup de descriptions. Il me fallait d’abord situer et contextualiser l’histoire en recherchant dans le livre des indices laissés par l’auteur. Bien qu’il n’y ait aucune mention de guerre mondiale, la présence d’œuvres DADA ou de personnages ayant existé, comme Alfred Jarry, m’a poussée à la conclusion que l’histoire prend place dans les années 20. Si les descriptions spatio-temporelles manquent, il est en de même pour le portrait des personnages. À mon grand plaisir, j’ai dû créer des représentations physiques de Bernard, Olivier ou Édouard de toute pièce. Ainsi, ce travail en amont de la réalisation des planches m’a entrainé à réaliser des recherches sur l’architecture ou les costumes, pour ainsi représenter le plus fidèlement possible l’atmosphère du roman.

Le deuxième problème majeur auquel je me suis heurtée avant de me mettre à concevoir la bande dessinée était la transposition du discours narratif. Il m’a fallu relire le livre plusieurs fois pour sélectionner les passages que je devais conserver pour faire avancer l’histoire, et au contraire ceux que j’ai décidé de laisser de côté. Tous les écrits dans la bande dessinée sont à quelques modifications près les mots de Gide. J’ai saisi puis réécrit les extraits du roman pour rester au plus près de la genèse. Le journal a été écrit par une amie, permettant au lecteur de discerner encore une fois pas la différence d’écriture les deux supports différents. Le livre est composé d’une multitude d’intrigues entrecroisées autour de plusieurs personnages, ainsi ce choix devait se faire de manière raisonner pour que l’histoire que j’ai décidé de raconter conserve un sens et un fil directeur. C’est pour cela que certains personnages comme M. Azais ou Oscar Molinier n’ont pas trouvé de place dans la bande dessinée. Mais raconter moi-même cette histoire farfelue m’a rapprochée de l’œuvre, me permettant de mieux la comprendre et de la maitriser au point de pouvoir adapter et interpréter certaines scènes ou personnages. Dépasser le cadre d’une réécriture pour arriver au stade de création, voilà la réelle source de satisfaction que je tire de ce projet.

Finalement arrivée à la réalisation du projet, les problèmes liés aux techniques artistiques à employer se sont présentés. L’utilisation de l’aquarelle était pour moi le plus pratique et le plus rapide pour pouvoir finir le projet à temps, bien que j’ai envisagé de présenter un travail digital ou au feutre. Le problème de la mise en page que je n’avais jamais rencontré avant s’est avéré très épineux. J’ai fait le choix de ne pas réaliser l’encrage des dessins, d’abord parce que cette étape est la plus longue pour moi à réaliser, et deuxièmement parce que cela allège le dessin, et je voulais rendre compte de la liberté des personnages, plus autonomes : thème également défendu par Gide dans son journal. La disposition des cases, le respect des mesures, de la marge, etc. étaient pour moi un défi nouveau, me forçant à rester concentrée pour ne pas commettre d’erreurs. La première semaine de vacances est arrivée vite, et j’ai dû la sacrifier au profit du projet, devant réaliser 5 planches par jours pour espérer respecter les délais. Ensuite, en déplacement, j’ai dû m’adapter et dessiner le plus possible quand le temps me le permettait. Bien que persuadée que je manquais de temps, j’ai au final réussi à terminer et imprimer la bande dessinée à temps pour la rentrée.

Ce projet de longue haleine m’a pris beaucoup de temps, mais j’en ressens une très grande fierté. C’est ma première bande dessinée et réalisée seule, j’ai donc beaucoup appris au niveau du travail artistique demandé. En tant que lectrice, j’étais au plus près de l’histoire, suivant les péripéties comme observateur, mais aussi comme acteur, me rapprochant du travail de création de l’auteur. Ce travail est une extension des Faux-Monnayeurs, une adaptation qui découle de ma propre interprétation de l’œuvre. J’ai participé au labeur en aval que voulait Gide pour ses lecteurs en créant à partir de ses écrits.

Réalisation de Mathilde PENNES, sous la direction de M. Sylvain HUARD, à découvrir ici.

BD M Pennes

images ©Mathilde Pennes



À venir

Quand?
06 Jui 2019
Quoi ?
Exposition
« André Gide, L'inattendu »
Où ?
Galerie Gallimard, 30/32 rue de l'Université, 75007 PARIS



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