01 Jan 2014

Au-delà des dernières études qui ont vu le jour sur Gide, son œuvre, sa personne, aujourd’hui, l’envie nous est donnée de relire une « réflexion gidienne sur la personne » parue il y a maintenant huit ans : Gide, L’assignation à être de Sandra Travers de Faultrier (118 pages, Éditions Michalon,  « Le bien commun », 2005). La question du droit et de la loi est une question qui régit notre modèle social, et dans ce thème se cache une autre figure de Gide, de celui qui « définit le juriste par son corps, son apparence ». 
S’il fait la part belle à l’œuvre gidienne, tant dans sa diversité que dans sa richesse juridique, cet opus se veut également au plus proche du texte, car « le droit ne se joue pas dans la considération d’un fait réduit à sa matérialité, mais dans sa traduction en termes juridiques ».


Comme nous allons le voir, les trois parties qui composent cet ouvrage ne se départissent pas d’une réflexion tant sur l’homme de lettres que sur l’homme de corps, celui pour qui la jouissance se faisait autant au contact de la peau qu’à celui de la langue.

Partie I : « Et ils connurent qu’ils étaient nus »
Puisque « la loi ne connaît pas l’être, mais des personnes c’est-à-dire des sujets de droits et d’obligations, définis par leurs capacités juridiques », il n’est finalement pas étonnant de constater que «  les personnages gidiens, nés de la personne juridique, peuvent être soupçonnés d’artifice ». « Gide pense la nécessité du droit non à partir du sujet ou d’une histoire mais à partir d’une responsabilité, celle du don réciproque d’humanité affranchi d’une nature humaine introuvable. »
Cette notion de droit, et de rapport à la loi permet d’établir un lien entre le statut de la personne, et son rôle de personnage, c’est à dire sa capacité à exister en dehors de l’être, dans la représentation. Le droit est un thème cher à Gide, tant parce qu’il « relève plus de l’effet constitutif que de l’effet déclaratif » ; ainsi « la bâtardise n’est pas un exil du droit, mais bien un modèle juridique : l’objet manquant est la forme modélisante que serait le père ». Toutefois, s’inspirer de ces notions juridiques n’exempt pas Gide d’apparaître comme un « inquiéteur ».

Partie II : De la flexibilité du stéréotype juridique
Dans cette deuxième partie, Sandra Travers de Faultrier insiste sur « la plasticité humaine », soulignant que « l’individu normal ne serait qu’un individu contrefait, qui s’applique à ne rien faire d’insolite ».
Bien évidemment, lorsqu’on évoque le droit et Gide, nous pensons aux Souvenirs de la cour d’assises, où « le procès, qu’il s’agisse du moment des débats ou du jugement, affiche la présence humaine comme une réalité aussi forte que la loi ».
Ainsi, l’intérêt de Gide pour le droit et tout ce qui se joue dans les tribunaux, « ce n’est pas parce qu’on y voit plus qu’ailleurs une justice palpable, tangible, à l’œuvre, c’est parce qu’y oscillent, y vacillent des certitudes, que s’y créent des arrangements avec le réel ».
La question du langage au sein de la cour de justice, et celle du langage littéraire invitent à comprendre que si d’un côté « le droit donne un nom aux choses », la littérature jouit également de toutes les ressources langagières qui la constituent, à tel point que « la lecture de Gide nous conduit à penser que la personne juridique est un stéréotype qui dispense de penser et assure une sécurité de l’identité comme la recherche généalogique rassure ceux qui ne veulent descendre que de l’homme éternel ».

Partie III : Le droit, un mot-regard qui contient
Enfin, dans la dernière partie, l’homme de droit et l’homme de lettres se retrouvent à nouveau liés par des facultés communes, dont celle d’avoir pour « mission de combler ce vide en offrant une ressemblance, une prise de chair à ce qui n’a peut-être pas d’autre réalité que sa nomination, sa représentation ».
L’écriture n’est pas le seul terrain du littéraire, ni l’expression du droit celui du juridique. En somme, « le droit idéal serait une vie de mots dans l’intimité de la forme», où « l’écriture juridique confond sciemment les temps ».
La conclusion, intitulée « Lève-toi et marche » (Evangile selon St-Jean) fait la part belle aux possibles que Gide lui-même affectionnait tant. Selon l’auteur, « le droit serait un « comme si » », où, grâce à Gide, il nous serait permis « de regarder le droit, parole et écriture, comme source d’une idée ambitieuse et fragile, créatrice et faillible de la personne, susceptible de faire grandir chacun à mesure que, de leur indifférence, les jours et les jours jubilent d’une présence passagère ».


Justine Legrand



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