23 Oct 2012

En mars 2011 s’est tenu le colloque international "André Gide" à Toulon dans le cadre des 5es journées scientifiques de l’Université du Sud Toulon-Var (USTV). Du 10 au 12 mars 2011, le microcosme gidien a eu l’occasion une fois encore de se réunir afin de célébrer l’œuvre et la mémoire de celui qui reçut le Prix Nobel de Littérature en 1947.

L’ouvrage de 337 pages, Actualités d’André Gide – Actes du colloque international organisé au Palais Neptune de Toulon et à la Villa Noailles à Hyères les 10, 11 et 12 mars 2011, qui a paru en octobre 2012 aux Éditions Honoré Champion, a été réalisé sous la direction des professeurs Martine Sagaert et Peter Schnyder.

Il présente les actes de ce colloque qui s’articulent eux-mêmes autour de trois axes principaux : l’interprétation, l’édition et la valorisation.

La première partie, intitulée « Approches contemporaines », regroupe huit communications.
Les liens entre Gide et Mauriac connus de tous cèdent la place dès cette première communication à une autre relation, celle de Gide avec le fils de François Mauriac : Claude Mauriac. Une relation parfois complexe, comme le souligne Jean Touzot, mais dont le texte « Gide vivant » demeure un témoignage essentiel. En effet, Gide a su influencer certains de ses proches, créer des liens interactifs avec ses contemporains, que Jean Bollack met à l’honneur à travers la question de l’antipoésie en poésie et la place de Rilke et Baudelaire. Les approches diverses proposées dans cette partie témoignent de l’éclectisme de la prose gidienne, où, comme le dit Lise Forment en reprenant le point de vue de Thomas Cazentre, « le dilemme observable chez Gide entre littérature et temporalité historique, entre son attachement aux idées de tradition et d’influence et sa défense d’une évolution de l’art sans progrès, [est] faite de ruptures ». Il y a, en effet, bel et bien une dualité constante, une forme de tension latente dans l’œuvre gidienne où c’est finalement « sa pensée [qui]  se construit au fil des pages et de son expérience », selon Stéphanie Bertrand.
Une expérience qui ne compte pas que celle de l’art littéraire, puisque comme le relève judicieusement Aliocha Wald-Lasowski, Gide ne cessa « jamais de pratiquer le piano », instrument riche d’influence, où « l’empreinte que laisse la musique signifie pour Gide une façon d’être là et d’absorber lentement l’être d’une situation, état intermédiaire entre l’actif et le passif ».
Dans le cadre d’une brillante communication, David H. Walker remarque que dans L’Immoraliste, « on distingue déjà le reflet d’une leçon de Charles Gide, dans le passage où Michel décrit le système d’irrigation à l’oasis », ce qui permet d’introduire une notion essentielle à ce récit : celle de valeur, qui à son tour conduit à penser la question de la morale.
La morale ! Un mot cher à Gide et qui revient sans cesse comme un leitmotiv jusque dans ses pièces de théâtre, où Patrick Pollard souligne très justement qu’« il y a une transgression sexuelle dans le sujet des deux pièces  (Le Roi Candaule et Œdipe) : voyeurisme dans l’une, inceste dans l’autre. Il y a également continuité de thème dans les deux cas : le bonheur et les moyens de l’atteindre ; la suffisance et l’indépendance du héros. »
Et il n’y a pas que dans le théâtre que cette question de la transgression sexuelle mêlée à celle du bonheur apparaît. En effet, comme je le rappelle, dans le court récit autobiographique intitulé Le Ramier, Gide dévoile son intime confirmant le fait qu’« en ne penchant pas du côté de la vulgarité, il va contre l’idée selon laquelle l’homosexualité est perverse et obscène ».

La deuxième partie portant sur « Gide en France et à l’étranger » compte sept communications ainsi qu’une table ronde. Ici, Gide incarne parfaitement son rôle de nomade. Outre la France, nous partons grâce à lui en Russie, en Italie, en Grande-Bretagne, en Turquie et aux États-Unis.
Cette partie s’ouvre avec le courrier qu’Alain Goulet fit parvenir il y a de cela presque quarante ans à certains auteurs dont il souhaitait s’enquérir de l’influence de Gide sur leur œuvre, le tout visant à éclairer les recherches du doctorat d’État qu’il réalisait alors. Les réponses, souvent laconiques, retranscrites ici permettent avant tout de mesurer le respect sinon l’admiration de certains pour Gide, mais peu d’influence finalement.
Nous quittons Gide en France à la villa Noailles où il séjourna, pour le retrouver en Russie, puis en Italie où respectivement Elena Savelieva et Carmen Saggiomo reviennent sur les traces d’un Gide dont le nomadisme a été maintes fois célébré.
Un goût prononcé pour le voyage qu’André-Alain Morello met lui aussi à l’honneur au travers d’un texte qui « retrace le voyage en train via la Serbie et la Bulgarie », où l’on comprend également toutes les ambiguïtés qui marquent La Marche turque gidienne.
Victoria Reid et Frédéric Canova nous invitent, quant à eux, à découvrir Gide au cœur du monde anglo-saxon, après une table ronde de jeunes chercheurs.

Ce sont sept communications qui composent la troisième partie, « Éditer Gide aujourd’hui ». La première communication est celle de Clara Debard qui revient avec intérêt sur l’édition du théâtre gidien, un théâtre parfois méconnu, mais au demeurant portant en lui les mêmes ressorts et les mêmes idéologies que les ouvrages de fiction. Ainsi, « Saül met l’accent sur le secret de l’homosexualité, alors qu’Œdipe expose la crise conjugale ».
Martine Sagaert se penche sur l’édition posthume du Journal de Gide en sept points, ce qui permet au lecteur de saisir l’ampleur de pareille tâche ainsi que les contingences liées à l’exercice que représente l’édition. Des contingences sur lesquelles revient à son tour Alain Goulet dans le cadre d’une présentation de son édition génétique en version électronique des Caves du Vatican.
Pierre Masson et Jean-Michel Wittmann, dont on connaît également le travail de recherches et d’édition, développent la question de l’édition en Pléiade et les différences nécessaires entre chaque édition, Pierre Masson soulignant alors que « tout part de l’idée que pour Gide, il convient de parler d’écriture plus encore que d’œuvre ».
Ce chapitre consacré à l’édition se referme avec deux correspondances : Gide – Giono par Roland Bourneuf, puis celle de treize lettres inédites entre Ernst Robert Curtius et André Gide par Peter Schnyder. Ces lettres dont la découverte récente s’est faite pour « des raisons indécelables » nous offrent la possibilité d’une nouvelle immersion dans l’univers épistolaire gidien.

Quant à la quatrième et dernière partie, « Variations humoristiques », elle comporte une seule communication de Daniel Bilous sur « Gide au miroir des pastiches », dans laquelle la question de la rhétorique de la satire est posée sans autre réponse que celle laissée au libre arbitre du lecteur : « Je laisse d’autres juger si la satire est fondée ».

Ce sont au total vingt-trois communications et une table ronde qui sont ici retranscrites et qui montrent une fois encore qu’à travers l’éclectisme du panel des intervenants, chacune des diverses approches contemporaines permettent de saisir Gide et son œuvre à la lumière de nos questions de société, de notre ère où l’auteur mérite d’être, selon son désir, « relu ».

Soulignons enfin que chacun des participants gardera en mémoire la présence de notre invitée d’honneur, Catherine Gide, à laquelle cet ouvrage est dédié. Une présence très touchante et pour laquelle nous la remercions aujourd’hui encore.

Justine Legrand



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