03 Jui 2020

L’attente est un processus qui affecte la perception du temps, il est occasionné par une tension vers un objet attendu ou un évènement, qui peut se caractériser par un mouvement ou une immobilité. C’est dans cette situation que se trouve notre lecteur, en attente de découvrir ce volume consacré à un sujet vaste et prometteur, qui touche non seulement l’objet de la recherche des contributeurs, mais aussi leur propre engagement dans le processus de la science en devenir.

Ce volume rassemble les contributions des Journées Doctorales des Humanités 2019 que notre université a organisées pour la quatorzième fois, pour permettre à nos doctorants de fédérer leurs forces sur un sujet annuel qui a été choisi par leurs pairs du comité scientifique accompagnant cette manifestation. Si vaste que soit ce sujet, il montre que l’action d’attendre, signifie caresser un espoir, une prévision, elle mobilise l’attention et l’énergie du sujet qui en est affecté — ou qui s’en laisse affecter. Cette situation de l’attente révèle une vraie dialectique de l’action et de la passivité sous ce double visage de l’attente, qui se veut à la fois temporelle et intellectuelle.

Régine Battiston, « Préface », in Dialogues Mulhousiens, no 4, L’Attente, Journées Doctorales Humanités 2019, sous la direction de Marie-Lou Solbach et Régine Battiston, mai 2020, p. 7-10 (version en ligne, http://dialogues.hypotheses.org/).

Régine Battiston et Marie-Lou Solbach publient les actes des Journées doctorales organisées à l’Université de Haute-Alsace du 5 au 7 juin 2019, dans la Série des Dialogues mulhousiens. Nous vous invitons à découvrir le travail de ces chercheurs et chercheuses en humanités autour de ce grand thème abordé par Gide, l'attente, ou plutôt les attentes, dont il parle longuement à son Nathanaël dans Les Nourritures terrestres : 

Nathanaël, je te parlerai des attentes. J’ai vu la plaine pendant l’été, attendre ; attendre un peu de pluie. La poussière des routes était devenue trop légère et chaque souffle la soulevait. Ce n’était même plus un désir  ;  c’était une appréhension. La terre se gerçait de sécheresse comme pour   plus d’accueil de l’eau . Les parfums des fleurs de la lande devenaient presque intolérables. Sous le soleil tout se pâmait.  Nous allions chaque après-midi nous reposer sous la terrasse, abrités un peu de l’extraordinaire éclat du jour. C’était le temps où les arbres à cônes chargés de pollen agitent aisément leurs branches pour répandre au loin leur fécondation. Le ciel s’était chargé d’orage et toute la nature attendait. L’instant était d’une solennité trop oppressante, car tous les oiseaux s’étaient tus. Il monta de la terre un souffle si brûlant que l’on sentit tout défaillir ; le pollen des conifères sortit comme une fumée d’or des branches. — Puis il plut.

J’ai vu le ciel frémir de l’attente de l’aube. Une à une les étoiles se fanaient. Les prés étaient inondés de rosée ; l’air n’avait que des caresses glaciales. Il sembla quelque temps que l’indistincte vie voulut s’attarder au sommeil, et ma tête encore lassée s’emplissait de torpeur. Je montai jusqu’à la lisière du bois ; je m’assis ;  chaque bête reprit son travail et sa joie dans la certitude que le jour va venir, et le mystère de la vie recommença de s’ébruiter par chaque échancrure des feuilles . — Puis le jour vint.

 



À venir

Quand?
12 Nov 2020
Quoi ?
Où ?
Maison de la littérature de Québec



Septembre 2020
D L Ma Me J V S
1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29 30