Parmi les ouvrages édités dans le cadre du programme de l’agrégation de Lettres, celui d’Aliocha Wald Lasowski et de Joël July, Gide, Les Faux-monnayeurs, est essentiel pour tout lecteur curieux de découvrir Les Faux-monnayeurs par le prisme de la pluralité : pluralité des thématiques, des repères à l’étude et des messages.
Paru aux Éditions Atlande, collection « Clefs concours – Lettres XXe siècle » en octobre 2012, cet opus de 254 pages est composé d’une introduction suivie de repères, et de problématiques par Aliocha Wald Lasowski, puis d’un travail du texte par Joël July, et enfin de quelques outils pratiques : table des citations, bibliographie, glossaire.
Dans l’introduction, Aliocha Wald Lasowski précise que le roman gidien est « insaisissable, multiple et paradoxal », ajoutant que Les Faux-monnayeurs sont « le résultat de vingt années de recherche et de création que Gide consacre à ce qu’il considère comme son seul et unique roman ».

Les repères

Le premier point, « Un écrivain humaniste et anticonformiste », permet à Aliocha Wald Lasowski de mettre l’accent sur « la place singulière de la culture et de la littérature, au cours de l’histoire et dans le fil de son époque ». En effet, si « l’œuvre d’André Gide déstabilise les attentes et encourage le mélange et le métissage », elle n’en demeure pas moins l’œuvre d’une époque. Époque analysée à travers le prisme de la vie de Gide, de ses liens avec Loüys, Valéry, et Mallarmé. Gide est un homme d’amitiés, mais aussi un vrai nomade pour qui « l’aventure algérienne [le] conduit à la naissance de soi, à la découverte du monde, à la révélation du mythe libérateur de l’Orient, clef de toute son œuvre. La joie de l’existence, la générosité de l’échange et la force du soleil sont les trois dimensions de l’écriture gidienne, devenue une illumination libératrice ».

Ce nomadisme a partie liée avec une autre problématique, l’homosexualité, qui a marqué sa vie et son œuvre : « Face à l’injustice et à la violence des procès, Gide rassemble une documentation considérable pour prendre la défense des victimes et rédiger un plaidoyer en faveur de l’homosexualité [… :] Corydon ».

Quelques pages plus loin, l’auteur souligne que Gide demeura de tout temps « un esprit libre à l’heure des engagements ». Qu’il s’agisse du colonialisme, ou du fait politique, Gide est avant tout un artiste « protéiforme », mot riche de fantasmes pour le lecteur, et qui confère à l’écrivain une plus grande part de liberté. Si cette liberté a su nourrir le lecteur, Gide a été lui-même, auparavant, influencé par Nietzsche et Oscar Wilde : influence plus « éthique » en ce qui concerne Nietzsche et de « plaisir » avec Wilde.

Aliocha Wald Lasowski revient sur la passion de Gide pour le piano et pour Chopin dans les deux points abordés à la suite : « L’écriture au fil des jours : le Journal » et « la musique avant toute chose ».

Enfin, la question de la réception de l’œuvre est particulièrement intéressante et fort bien traitée dans le paragraphe suivant : « Comme le constate Marcel Arland dans Les Feuilles libres : “Je le vois attaqué d’un peu partout, et parmi ses détracteurs, il en est de qualité assez basse”. Au sommet de sa gloire, il fait pourtant l’objet d’une campagne de presse qui conteste le roman et condamne son immoralisme. […] Face à ces critiques, une partie de la presse prend la défense d’André Gide. » Parmi les défenseurs, on compte Barthes et Derrida décrétant : « J’ai lu tout Gide […]. »

Grâce à Aliocha Wald Lasowski, l’héritage dans la culture littéraire française de Gide et son œuvre s’éclaire pour le lecteur et prend ici tout son sens.

Les problématiques

Outre les nombreuses thématiques qui ont fait le protéiformisme gidien, les problématiques inhérentes aux Faux-monnayeurs sont multiples. C’est un ensemble complexe et touffu auquel il convient de se confronter pour comprendre l’origine même des Faux-monnayeurs : « l’ensemble formé par Les Faux-monnayeurs, le Journal des Faux-monnayeurs, les notes du Journal de Gide et sa correspondance avec Roger Martin du Gard éclaire étonnamment la genèse, la gestation et l’élaboration du roman. »

Enfin, après un rappel sur le procédé de mise en abyme, Aliocha Wald Lasowski conclut son texte sur cinq points clefs, les cinq thèmes essentiels sans lesquels toute compréhension des Faux-monnayeurs ne saurait qu’être partielle : la politique, la psychanalyse, la musique, la religion et l’économie.

Le travail du texte

Cette ultime partie est dédiée à la préparation du concours de l’agrégation. En effet, après une présentation de l’épreuve, Joël July analyse tout ce qui se rattache à la forme du roman gidien, avec quelques passages plus que stimulants pour le lecteur curieux du lexique gidien.

1. La lexicologie : Il s’agit du chapitre sans contexte le plus passionnant mais aussi le plus atypique où certains termes sont scrutés à la loupe, avec un « glossaire des vocables », et une page très actuelle sur la question du « langage générationnel ».
2. La morphosyntaxe : Dans cette analyse, Joël July s’intéresse aux conditions des subjonctifs imparfait et plus-que-parfait.
3. Le style : Enfin, l’auteur juge le style gidien soulignant parfois « un certain laisser-aller », où « le style coupé et parataxique devient pour Gide le style de l’intelligence, celui qui provoque le travail du lecteur qui doit reconstruire les mécanismes d’articulation ». Un style soulevant de nombreuses questions, mais qui, cependant, n’ôte rien à « l’ironie » chère à Gide.

Il n’y a pas ici de conclusion d’ensemble, mais quelques outils qui facilitent la lecture et les interconnexions entre cet ouvrage, d’autres critiques et livres gidiens.

Justine Legrand

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